Le Tribunal général de l’Union européenne a confirmé que les chutes de tabac non finies, saisies en Allemagne, doivent être imposées comme du tabac à fumer, même si elles nécessitent une préparation DIY (faites-le vous-même) particulièrement poussée. Cette décision privilégie les caractéristiques physiques objectives plutôt que les habitudes des consommateurs, en mettant en place un cadre plus strict pour les droits d’accise sur le tabac dans l’ensemble du bloc.
La bataille juridique a débuté lorsque des douanes allemandes ont intercepté un envoi de plus d’une tonne de tabac transformé, mais non fini, transporté par Scrap-Transporteur. Après que les autorités aient classé l’envoi comme du tabac à fumer imposable, la société de transport allemande a contesté la facture, en faisant valoir que la matière n’était pas utilisable dans son état actuel.
Pour trancher le différend, la plus haute juridiction fiscale allemande a sollicité l’avis du Tribunal général de l’UE à Luxembourg. Le cœur du débat portait sur le point de savoir si la qualification d’un produit dépend de l’usage réel qu’en font les consommateurs et de l’importance de la préparation nécessaire, et dans quelle mesure cela en modifie la nature fondamentale.
| Point de vue | Argument central sur le « tabac à fumer » | Vision du processus de préparation |
|---|---|---|
| Scrap-Transporteur (entreprise) | Dépend de l’usage et des attentes des consommateurs dans la réalité. | Une préparation DIY poussée (bouillage, aromatisation) signifie qu’il n’est pas prêt à être fumé. |
| Tribunal général de l’UE | Dépend uniquement de la capacité physique à produire une fumée inhalable. | Une préparation domestique en plusieurs étapes n’est pas industrielle ; le produit reste imposable. |
Les juges ont rejeté explicitement l’approche centrée sur le consommateur, qui gagnait du terrain en Allemagne. Ils ont estimé que l’évaluation de la « capacité à être fumé » ne nécessite pas de se fonder sur la perception du public.
Par ailleurs, la juridiction s’est penchée sur le processus de préparation complexe, qui consiste à faire bouillir les chutes avec de l’eau, de la glycérine, du sucre et des arômes avant l’utilisation pour la chicha. Les juges ont précisé que l’expression « sans traitement industriel supplémentaire » englobe des méthodes en plusieurs étapes que les consommateurs peuvent réaliser à domicile.
Michael Nagel, conseil de Scrap-Transporteur, a critiqué le jugement, affirmant qu’il brouille des distinctions juridiques clés et qu’il risque d’ouvrir la voie à la taxation des étapes intermédiaires de production. À l’inverse, Aikaterini Pantazatou, professeure associée en droit fiscal à l’Université de Luxembourg, a relevé que la décision renforce la sécurité juridique en s’alignant sur les objectifs du directive européenne visant à instaurer une taxation uniforme.
Toutefois, Pantazatou a averti que traiter une préparation complexe comme non industrielle laisse subsister des questions quant aux frontières, notamment sur l’ampleur de la production et le type d’équipement utilisé, surtout à mesure que des outils de qualité industrielle deviennent courants dans les foyers.
Cette affaire reflète un tournant plus large du droit de l’UE : l’intégration croissante de la protection de la santé dans les réglementations clés du marché. Dans toute l’Europe, les pays adoptent des politiques plus strictes en matière de tabac, allant des zones élargies sans fumée en France et en Espagne, à l’emballage neutre aux Pays-Bas, et aux restrictions visant les cigarettes électroniques jetables en Belgique.
L’interprétation de la Cour de l’UE s’impose. L’affaire revient désormais à la Cour fédérale des finances de l’Allemagne, qui appliquera ces orientations afin de finaliser le statut fiscal de l’envoi de tabac saisi.
- Source d’actualité : Préparez votre propre chicha ? L’Allemagne peut toujours taxer