Le ministère espagnol de la Santé fait avancer un projet de décret royal visant à limiter les ingrédients des cigarettes électroniques aux seuls arômes de tabac. Cette mesure a suscité une opposition formelle de la part des autorités de régulation du marché, de plusieurs États membres de l’Union européenne et d’analystes économiques, qui avertissent que cette restriction déstabilisera le marché national et poussera les consommateurs vers des circuits non réglementés.
Selon une évaluation économique réalisée par International Financial Analysts (Afi), l’interdiction des arômes entraînerait de lourdes pertes dans la fabrication, la distribution en gros et la vente au détail dans toute l’Espagne.
Conséquences économiques : une baisse de plus de 83 % de la valeur du secteur
En 2023, la chaîne de valeur du vapotage en Espagne a généré 317 millions d’euros de valeur ajoutée brute et soutenu 4 630 emplois équivalents temps plein. Selon les estimations d’Afi, la contribution du secteur tomberait à 54 millions d’euros avec la restriction proposée par le ministère de la Santé, entraînant la suppression d’environ 3 800 emplois.
L’étude met en évidence un effet multiplicateur économique direct : pour chaque euro de valeur perdu dans le marché du vapotage, 1,50 € supplémentaire disparaîtrait de l’économie au sens large. De même, chaque emploi direct supprimé dans le secteur entraînerait la disparition de 2,8 emplois dans les activités économiques connexes.
| Indicateur économique | Situation de référence (avant l’interdiction) | Projection en cas d’interdiction des arômes | Impact estimé |
|---|---|---|---|
| Valeur ajoutée brute | 317 millions d’euros | 54 millions d’euros | -83 % (-263 millions d’euros) |
| Emplois soutenus | 4 630 emplois à temps plein | 810 emplois à temps plein | -82,5 % (-3 820 emplois) |
| Recettes fiscales annuelles | 77 millions d’euros | 10 millions d’euros | -87 % (-67 millions d’euros) |
| Valeur à long terme (2030) | 660 millions d’euros | 110 millions d’euros | -550 millions d’euros de pertes |
La Catalogne, pôle de fabrication, est particulièrement exposée. Elle représente jusqu’à 80 % de la fabrication industrielle de e-liquides en Espagne. Selon les projections du rapport d’Afi, une interdiction des arômes ferait disparaître entre 23 et 54 millions d’euros de valeur ajoutée régionale et entraînerait la suppression de 140 à 330 emplois dans la fabrication industrielle.
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Une menace pour les recettes fiscales de l’État et les investissements privés
L’interdiction des arômes perturberait les recettes de l’État issues de la nouvelle taxe sur les liquides pour cigarettes électroniques et les produits liés au tabac, instaurée en avril 2025. Cette taxe dédiée a rapporté 30 millions d’euros en 2025 et 25,9 millions d’euros au cours des sept premiers mois de 2026, portant les recettes publiques cumulées à près de 56 millions d’euros.
Au-delà des recettes fiscales actuelles, l’interdiction menace les dépenses d’investissement. Le secteur a investi environ 120 millions d’euros en 2024 et avait prévu 1,58 milliard d’euros d’investissements en capital entre 2024 et 2030. Afi estime que la mise en œuvre du décret ferait entièrement obstacle à ces engagements.
Distorsion du marché et opposition réglementaire
Une enquête auprès des consommateurs menée par Sigma Dos et citée dans le rapport révèle que 87 % des vapoteurs adultes en Espagne consomment des arômes autres que le tabac. Si ces produits disparaissent des rayons des commerces légaux, 54 % des consommateurs ont l’intention de continuer à vapoter en s’approvisionnant par d’autres moyens, tandis que 12 % déclarent qu’ils recommenceront à fumer des cigarettes combustibles.
Le projet de décret se heurte à une opposition institutionnelle. Six États membres de l’UE ont formulé des objections officielles dans le cadre de la procédure de notification TRIS de la Commission européenne. En Espagne, la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) a averti que les restrictions portant atteinte à la liberté constitutionnelle d’entreprendre nécessitent une loi au sens strict plutôt qu’un décret administratif.
L’analyse d’Afi indique que le ministère de la Santé pourrait protéger les mineurs en privilégiant des mesures ciblées : licences de vente au détail strictes, renforcement du contrôle de la vérification de l’âge, interdiction des emballages susceptibles d’attirer les jeunes et restrictions sélectives sur certains arômes, plutôt qu’une interdiction générale des produits destinés aux adultes.