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Taxe de 55 % sur le vape en République dominicaine : un double échec pour la santé publique et les recettes

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Taxe vape en République dominicaine

La taxe sélective ad valorem de 55 % sur les cigarettes électroniques et les dispositifs de vapotage proposée en République dominicaine, introduite par l’article 43 de la « Ley 30-26 de Medidas Pro-Crecimiento Económico, Simplificación Fiscal y Mitigación de la Crisis Internacional, », a ravivé un débat houleux parmi les économistes et les défenseurs de la santé publique. En cherchant à aligner la charge fiscale du vape sur celle des cigarettes conventionnelles, les décideurs politiques risquent de compromettre les objectifs de santé publique et de provoquer une forte hausse du marché illicite, reproduisant des erreurs historiques coûteuses.

S’il est vrai qu’aucun défenseur ne prétend que les produits de vapotage sont totalement inoffensifs, une importante littérature scientifique les établit comme une alternative significativement moins nocive que le tabac combustible. En revanche, certains analystes locaux, comme Edgar Morales, soutiennent que puisque les cigarettes électroniques et les cigarettes traditionnelles répondent au même besoin fondamental du consommateur, elles devraient supporter une charge fiscale équivalente. Cette logique simplifiée privilégie trop fortement la collecte de recettes à court terme, au détriment absolu de la santé publique et de la réalité économique.

La mauvaise application de la fiscalité pigouvienne

Pour comprendre pourquoi cette taxe est fondamentalement erronée, il faut se pencher sur les théories économiques d’Arthur Cecil Pigou. Dans son ouvrage fondateur, The Economics of Welfare, Pigou a introduit des « taxes sur les produits nocifs » conçues pour corriger les externalités négatives — les coûts sociétaux liés à la consommation privée. Dans un cadre réglementaire moderne, les taxes pigouviennes doivent être proportionnelles aux risques. Elles doivent inciter les consommateurs à passer de produits à haut risque vers des alternatives à plus faible risque.

Assimiler les vapes aux cigarettes combustibles ignore le différenciateur scientifique essentiel : la combustion. Ce n’est pas uniquement la nicotine qui alimente les graves externalités négatives associées au tabagisme, mais bien le processus de combustion des cigarettes traditionnelles, qui libère des milliers de produits chimiques toxiques et des agents cancérigènes. Le vapotage n’impliquant pas de combustion, ses externalités sanitaires négatives sont clairement plus faibles. Appliquer des taux de taxe identiques aux deux catégories enfreint donc des principes de base d’économie et de santé publique.

Repères internationaux et recommandations du FMI

Contrairement aux arguments locaux, taxer les vapes au même taux que les cigarettes combustibles est une exception internationale, pas la norme. La recherche académique, y compris une étude de référence menée par Arozamena et al., montre que la taxation optimale des « produits nocifs » doit être ajustée au risque et s’appuyer sur des taxes spécifiques (selon le volume ou la teneur en nicotine) plutôt que sur des taxes ad valorem volatiles.

En outre, le Fonds monétaire international (FMI), dans sa publication « Taxing Sin » (Gravar los malos hábitos), présente trois principes clés pour optimiser les droits d’accise sur les produits du tabac et de la nicotine :

  • Couverture large : toutes les options de consommation de nicotine doivent être taxées afin d’empêcher l’évasion fiscale et les lacunes de marché non régulées.
  • Coopération internationale : l’application des mesures doit être renforcée à l’échelle mondiale pour lutter contre le commerce illicite et la contrebande transfrontalière.
  • Taux alignés sur le risque : les taux doivent correspondre directement à l’importance relative des externalités négatives de chaque produit. Le FMI indique explicitement que, les produits à risque réduit limitant l’exposition aux toxines, ils devraient être taxés à des taux plus faibles que le tabac combustible.
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La réalité économique : chocs de prix et impact sur les ménages à faible revenu

Si la taxe ad valorem de 55 % est mise en œuvre, les conséquences économiques pour les consommateurs dominicains seront immédiates et sévères. Les projections du secteur indiquent que le prix de détail moyen d’un dispositif de vapotage augmenterait d’environ 90 %, passant de 450,00 RD$ à 854,00 RD$. Cette hausse placerait la République dominicaine parmi les pays où les produits de vapotage sont les plus chers au monde.

De manière cruciale, les données démographiques révèlent que près de 70 % des utilisateurs de vape en République dominicaine vivent dans des ménages à faible revenu. Un choc de prix d’une telle ampleur ne forcera pas ces utilisateurs à arrêter la nicotine. Au contraire, il les orientera vers deux alternatives dangereuses : des vapes bon marché issues du marché noir non régulé, ou des cigarettes combustibles fortement toxiques et à bas coût.

Indicateur de marchéSituation actuelleSituation projetée (dans le cadre de la Ley 30-26)Variation en pourcentage
Prix moyen du vape450,00 RD$854,00 RD$+90%
Volume du marché légal100 % (référence)25%-75%
Part des consommateurs à faible revenu~70 % de l’ensemble des utilisateursDéplacés vers le marché illicite/la combustionChangement significatif du niveau de risque

S’inspirer de l’échec budgétaire de 2012

La République dominicaine a déjà subi les effets dévastateurs d’une taxation sélective excessive. Lors de la réforme fiscale de 2012, le gouvernement a mis en place des hausses d’impôts agressives sur les produits alcoolisés et le tabac. Au lieu d’augmenter les recettes, des taux d’imposition élevés ont provoqué l’effondrement de la consommation légale, les consommateurs s’étant tournés vers la contrebande illicite.

La baisse de la collecte fiscale qui en a résulté a contraint l’État à adopter la loi n° 175-07 (« Reducción de Tasas para el Sector de Bebidas Alcohólicas y el Tabaco ») afin de réduire les taux d’imposition, de freiner la contrebande et de stabiliser les recettes publiques. L’histoire montre que lorsque les taux d’imposition dépassent la tolérance économique du marché, l’État perd à la fois son contrôle réglementaire et ses recettes fiscales.

Conclusion : un double échec pour la santé publique et les finances publiques

La différenciation fiscale entre les vapes et les cigarettes combustibles n’est pas un privilège d’entreprise ; c’est un outil essentiel de santé publique. En maintenant un écart de prix clair, le gouvernement peut inciter financièrement les fumeurs à s’éloigner du tabac combustible, qui comporte les risques sanitaires les plus élevés.

En ignorant les preuves scientifiques et les meilleures pratiques internationales, la taxe ad valorem de 55 % prévue par la Ley 30-26 est destinée à échouer sur deux plans. Elle mettra en péril la santé publique en ramenant les utilisateurs à la cigarette ou vers des produits issus du marché noir non régulé, et elle ne répondra pas aux attentes en matière de recettes en raison d’une chute projetée de 75 % du marché légal. Pour éviter ce scénario perdant-perdant, les décideurs dominicains doivent intégrer les données de santé publique à la stratégie fiscale, en optant pour une taxe modérée et spécifique plutôt qu’un prélèvement ad valorem excessif.